La tombée du soir

La tombée du soir
le parfum de ces roses emplit l'âme
quel parfum quel spectacle
au loin une cloche, une cloche qui tinte,
la cloche d'une église dont les contours se noient
dans la lumière lointaine du village
Cela forme une butte, tandis que la parfum des roses emplit la nuit
c'est un parfum sucré, et discret
que les contours d'un grillon accompagnent,
ouvrant les alvéoles pulmonaires un peu plus qu'elles ne l'étaient
laissant entrer la nuit, plus loin
tandis que le coeur bat, à l'unisson de l'instant,
du présent
Des années me séparent de ce poème
comme je m'exerçais à savoir
comment le parfum de ces roses jaunes pouvait être restitué
au son de la cloche lointaine
Pourtant, l'instant n'a pas changé
et je remercie le poème
de m'avoir déposé à nouveau dans cette soirée.

L'olivier tient tête

Les étoiles ont cessé de briller
un lampadaire éblouit la nuit
les nuages réverbèrent le passage d’un avion
(en direction de lui-même, c'est indiqué)
quel silence que l’obscurité est profonde
le souvenir d’un grillon persiste
des masques grimaçants passent au-dessus du banc
Je bois une autre bière
l’obscurité a-t-elle mangé la nuit ?
pourtant l’olivier, dans la clarté du lampadaire, tient tête
il est grand il respire
au-dessus de lui une trouée
une étoile sept huit
la nuit ne prend pas partie

L'absence

L’absence d’horizon
me voici libre d’une vie sans horizon
quel calme
le jardin est désert à cette heure
Les jeux attendent les enfants, qui reviendront
demain
L’absence d’horizon
c’est l’éternité augmentée du dehors
Le passé est derrière moi
et l’avenir n’est pas
Le jardin pourtant délivre ses promesses
L’aire de jeu attend les enfants

08.08.2015

Non merci

L'homme est assis à une table. Son buste est penché, il regarde une feuille. Que cherche-t-il ? Tout son corps est tendu, immobile, et la main s'apprête à commettre une action. On ne sait ce qu'il voit, la tête perdue, le regard fixe. Comme si la surface ouvrait sur un univers, géant. Il en sort une faible lumière tandis que l'homme paraît de cire. En pareille circonstance, il est préférable de se tenir à l'écart, de ne pas s'approcher quels que soient les motifs de curiosité. Le pouvoir de la page dépasse en effet son cadre, et le risque est grand de ne plus être là.

07.08.2015

05.08.2015


Il me faudrait une malle
où loger ma tristesse
une malle lumineuse
où la lumière n'entre pas
sans quoi le monde est cette part
et, où que j'aille
je ne suis pas chez moi





Chanson en hutte majeur (à Philippe Katerine)


je suis libre comme l'escargot
je n'ai pas l'appétit des limaces
parfois je bave
dieu m'en est témoin
c'est l'été dans le jardin
qui laitue ?
que cherches-tu ?
qui laitue ?
que cherches-tu ?
je vais dans vos salades
et les fées m'accompagnent

1h34 AM.


Route et ronds-points en sol mineur

Je n’appartiens plus au réel. Je le sais aujourd’hui. Je respire
certes.
Je ne sais pas ce qui manquait au monde. 
Ma présence peut-être. 
Je n’y suis plus. J’ai dû manquer quelque chose. 
Seuls les cimetières me parlent. Ce sont des lieux doux et calmes
comme le monde.
La clarté ne s’est pas absentée de mes yeux. Au contraire elle est là
présente. J’égraine les hypothèses comme le calice d’une fleur.
« Prudence », est-il écrit. 
Tous les chemins mènent nulle part. 
Alors pourquoi rester là. 
Les graffitis sur les murs font des figures absentes. Pourtant chaque rivière porte un nom. Mon fils 
assis derrière moi est une joie solaire. Nous partons vers les paysages absentés. Les paysages absentés
c’est la lumière. Le reste est ornement. 
Je ne profite même pas du monde. Je n'en ai jamais profité. Je suis plus
parasite que chien. Ma seule gloire est d’attendre le transport. 
Mon fils parle et gazouille une langue familière tandis que je m’accroche à mon transport. 
Certains villages par leur nom évoquent une femme, avec leur fontaine, leurs gouttières, leur dos d’âne. 
Chaque rond-point est une respiration vers. 
J’écris de tête, je réussis ce miracle. 
La lumière ne laisse rien passer. Les voies sont ouvertes. On approche. De quoi ? On approche de quoi ? On commence à approcher. Quelle déception ! Les questions sont des culs-de-sac, des impasses originelles, qui, lorsqu’elles sont exactes, nous renvoient à cette autre, 
première, vibration tactile où tout s’éclaire. La vitesse est limitée.   

27.07.2015

Anté

Le THÉÂTRE DU ROND CARRE présente ANTE, une pièce originale de Raphaël Dormoy.
Séance unique à 14 h 38. Cette pièce est faite pour l'acteur qui souhaite percer rapidement. L'acteur arrive sur scène. Le cercueil de l'écrivain est installé côté cours. L'acteur attend son texte. Soudain c'est l'illumination. L'acteur s’assoit, se lève, s'assoit, se lève. Il parle :   


Celui qui parle n'est pas dans le langage
Celui qui parle
Celui qui parle   n'est pas   dans le langage     (l'acteur est convaincant, plus encor convaincu
Celui qui parle   n'est pas   dans le langage           il sait d'où il parle)

    yeuurs     yeuurs             (l'ailleurs glisse, poids inerte, entre les failles)
yeurs    yeurs    yeuuurs
yeurs hier   yeurs   hier    yeurs                                       (hier, ô combien lointain)
yeurs    yeurs yeurs

n'est pas  n'est pas              (entre "n'est" et "pas" naît une frontière) : sonore, tactile                      
où   ouc
ouc  ouc                                        (résonance du volume intérieur)
ouc                                      

bage   vage   vage    v age           (à chaque état correspond une fleur : grand bouquet)
a   age                                                

ge geeee ge                                                    
gggggggggggggggggggggg   gggggggggggg g            (Je est un bourdon)
gggggggggggggggggggggggggggggggge
agggggggggggggge                                              
 age gggggggggggggggge ggeeeeeeeeee    g(main fermée (sur le bourdon, qui s'énerve))
gee   gee geee                                                       (la main bouge avec)

â aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaao   (colère shintoïste)

hhaa    hooooo    haaa    hoooooo     (RESPIRER !)

(L'acteur marche) u (un faisceau de lumière touche son corps ! il s'arrête)
um   h ume  hume hume
umm hier   hummmmm         (l'acteur se dirige vers elle)

an ooo an ooo ooooooooooooooooooo
aoooooooooooooooooooo  (bruit assourdissant : l'être anténatal expérimente la vie en accéléré
aoooooooooooooooooooooooooooooooo                   : finitude, décrépitude, échec et fin)


                                                                  Respiration

J'ai un tel travail

J'ai un tel travail qu'il m'écrase. Une dépression se forme alors. Le sable s'écoule. On entend le bruit d'une horloge ; pour être exact celui d'un métronome, rapide. Ça ressemble au pas d'un boiteux. Le sable s'écoule et la dépression se fait plus vaste. On entre alors dans une caverne, petite, parfaitement confortable, fraîche pour s'allonger en même temps qu'il fait suffisamment chaud pour l'esprit. Je vois le monde depuis ce lieu, aujourd'hui. Je coule des jours sans angoisse. L'homme s'est défendu. La foule acclame la reine. 

14.07.2015

Le monde est silence

Le monde est silence. (A-t-il été un jour ailleurs ?) La position verticale n'est plus de mise, celle à laquelle on accède en étant allongé. Aujourd'hui, ce sont des courses précipitées, vers le point focal, qui se répètent à longueur de journée, dans les villes, partout. Il faut beaucoup de matière pour traiter le sujet. On sera forcément déçu par la chute. On sera déçu par les miettes comme raison finale. Je n'ai pas pour objet d'être compris, mais d'être audible, dicible. Le monde est désormais silence. Il y a nécessité des convergences pour que cet état se réalise : enregistreurs, créditeurs de temps, ou d'espérance, ce sont ces points focaux qui font notre présent. Ce monde disparaîtrait si nous cessons de l'alimenter. Il ne nous laisse le repos que lorsque le soir tombe et le corps suit. Tous les objets de pouvoir des magies y sont neutralisés. Ils n'ont plus rien à émettre. Ils sont enchaînés. Ils sont montrés. Ils sont morts. Peut-être faudrait-il inventer de nouveaux pouvoirs, mais les magiciens sont las, débordés. Le Cose, c'est ici qu'on l'appelle, a besoin de nous pour fonctionner. C'est un ectoplasme qui aspire tout ce que la pensée produit. Mais plus encore, tout ce qui fait l'homme. Un jour, il m'emportera. A présent, je rêve d'une colline lointaine. Je chevauche un ver blanc.

13.07.2015