01.01.2017

Trois corneilles, telles les trois Grâces, se disputent la flaque. Il y a saignée dans la rigole. Par terre, les feuilles sont pourries, malades, rabougries. Et le sapin, laissé sur son pic, à côté du platane enraciné dans le béton ; est-ce pour le consoler ? Ce dernier le peut-il ? L’escalator amène son bruit en surface. On vide les bouteilles dans les containers. On me crache une fumée de cigarette dans la gueule. Et, c’est à Paris, des flaques de vomi sur le boulevard Général Leclerc sont nombreuses pour ne pas être vues : le trop-plein, me dis-je, le trop-plein, se vider bien, avant d’arriver. L’espérance roule dans les mégots, partout par terre. On vend des hyacinthes, 3 euros pièce. Mais après c’est moins cher. Sagement assis dans les voitures. Sagement assis dans le langage. Ça y est ! la nouvelle année démarre. Le désarroi dans les yeux, les phares de l’autre, les warnings, les escalators font jaillir les blouses, les chuchotements, les sourires, la vie. La ville s’ouvre à nouveau. Je n’ai pas de gants. Je me réchauffe les mains dans les bougies de l’église. Puis je mets une bougie pour les miens. Je pense au Messie. Deux conditions, l’une inclusive l’autre exclusive alors que le miracle était possible. Puis je quitte ma prière, et je vais regarder la crèche. Il y a la paille, les feuilles mortes, un âne, un bœuf, l’eau qui court dans la rigole, et un aigle qui veille. L’aigle est peint. Il y a les arbres aussi. Le Subway vient d’ouvrir. Les pigeons tentent au sol l’aventure du mégot, dès fois que, mais non. L'onglerie clignote. Un estropié marche en invectivant le vide. J’ai le cul qui gratte. Vivement lundi que le boulot reprenne, avec son confort, ses joies, ses espérances. Vivement demain. Ça permettra de mieux savourer l’instant, comme le dit sur un mur les publicité de Coca-Cola. Les pigeons se sont rassemblés autour du manger. Dans le ciel il y a toujours les décorations de Noël. Ce sont des jeux d’étoiles filantes. Elles ne sont pas allumées. Le jour n'est pas encore éteint.

Images saintes

J'ai grandi dans une terre infertile Peu d'eau et cette sécheresse
J'ai toujours été à la recherche de signes – équivoques
J'ai toujours su m'entourer Compter les grains par exemple
Prendre exactement ma part Lundi le 7 vendredi le 9 Mieux encore les images
saintes
Comme l'ombre comme l'ombre et la lumière l'ombre d'un candélabre et la lumière qui
entre
J'ai prié j'ai prié qu'on m'apprenne à prier Non pas la posture mais le recueillement
Etre une poupée de cire qui fonde et s'éteigne
Quand le jour naissait c'était le même constat : peu d'eau et cette sécheresse
La rosée j'ai su la garder J'ai ouvert les bras comme une plantule et j'ai attendu
Où ai-je tiré cette force de garder les bras ouverts et de pousser pousser sans émettre un
Son hobby préféré était de me laisser sur une chaise Je n'avais rien à faire
De la sorte je conjurais le mauvais sort Un mouvement tout petit le moindre
faisait jaillir des corneilles qui me picoraient la tête les oreilles surtout la tête
De la sorte j'apprenais à conjurer le sort à le dompter assis sur ma chaise Je regarde cette image sainte J'ai toujours su m'entourer
Autrefois c'était le motif qui m'intéressait, oui ce que le vitrail voulait représenter représentait ou qu'allais-je y chercher
Aujourd'hui c'est la lumière la lumière jaillit du tableau qui m'intéresse et dans le tableau je garde le lieu de ma prière non comme une ligne de fuite mais comme la possibilité d'entendre quelque chose du volume – et dieu sait que l'éternité va loin dans le passé - et de pouvoir accueillir le baiser.

30.06.2014


La tombée du soir

La tombée du soir
le parfum de ces roses emplit l'âme
quel parfum quel spectacle
au loin une cloche, une cloche qui tinte,
la cloche d'une église dont les contours se noient
dans la lumière lointaine du village
Cela forme une butte, tandis que la parfum des roses emplit la nuit
c'est un parfum sucré, et discret
que les contours d'un grillon accompagnent,
ouvrant les alvéoles pulmonaires un peu plus qu'elles ne l'étaient
laissant entrer la nuit, plus loin
tandis que le coeur bat, à l'unisson de l'instant,
du présent
Des années me séparent de ce poème
comme je m'exerçais à savoir
comment le parfum de ces roses jaunes pouvait être restitué
au son de la cloche lointaine
Pourtant, l'instant n'a pas changé
et je remercie le poème
de m'avoir déposé à nouveau dans cette soirée.

13.09.2015


La blondeur du ciel
dans les cheveux de l'enfant

mon fils me donne des ailes

l'éclat du vent des mouettes du ciel
il s'envole

un coeur gros comme un soleil

assis sur le banc
nous regardons la mer

silencieux


La blondeur du ciel
dans les cheveux de l'enfant
l'éclat de son rire

L'olivier tient tête

Les étoiles ont cessé de briller
un lampadaire éblouit la nuit
les nuages réverbèrent le passage d’un avion
(en direction de lui-même, c'est indiqué)
quel silence que l’obscurité est profonde
le souvenir d’un grillon persiste
des masques grimaçants passent au-dessus du banc
Je bois une autre bière
l’obscurité a-t-elle mangé la nuit ?
pourtant l’olivier, dans la clarté du lampadaire, tient tête
il est grand il respire
au-dessus de lui une trouée
une étoile sept huit
la nuit ne prend pas partie

L'absence

L’absence d’horizon
me voici libre d’une vie sans horizon
quel calme
le jardin est désert à cette heure
Les jeux attendent les enfants, qui reviendront
demain
L’absence d’horizon
c’est l’éternité augmentée du dehors
Le passé est derrière moi
et l’avenir n’est pas
Le jardin pourtant délivre ses promesses
L’aire de jeu attend les enfants

08.08.2015

Non merci

L'homme est assis à une table. Son buste est penché, il regarde une feuille. Que cherche-t-il ? Tout son corps est tendu, immobile, et la main s'apprête à commettre une action. On ne sait ce qu'il voit, la tête perdue, le regard fixe. Comme si la surface ouvrait sur un univers, géant. Il en sort une faible lumière tandis que l'homme paraît de cire. En pareille circonstance, il est préférable de se tenir à l'écart, de ne pas s'approcher quels que soient les motifs de curiosité. Le pouvoir de la page dépasse en effet son cadre, et le risque est grand de ne plus être là.

07.08.2015

05.08.2015


Il me faudrait une malle
où loger ma tristesse
une malle lumineuse
où la lumière n'entre pas
sans quoi le monde est cette part
et, où que j'aille
je ne suis pas chez moi





Chanson en hutte majeur (à Philippe Katerine)


je suis libre comme l'escargot
je n'ai pas l'appétit des limaces
parfois je bave
dieu m'en est témoin
c'est l'été dans le jardin
qui laitue ?
que cherches-tu ?
qui laitue ?
que cherches-tu ?
je vais dans vos salades
et les fées m'accompagnent

1h34 AM.


Route et ronds-points en sol mineur

Je n’appartiens plus au réel. Je le sais aujourd’hui. Je respire
certes.
Je ne sais pas ce qui manquait au monde. 
Ma présence peut-être. 
Je n’y suis plus. J’ai dû manquer quelque chose. 
Seuls les cimetières me parlent. Ce sont des lieux doux et calmes
comme le monde.
La clarté ne s’est pas absentée de mes yeux. Au contraire elle est là
présente. J’égraine les hypothèses comme le calice d’une fleur.
« Prudence », est-il écrit. 
Tous les chemins mènent nulle part. 
Alors pourquoi rester là. 
Les graffitis sur les murs font des figures absentes. Pourtant chaque rivière porte un nom. Mon fils 
assis derrière moi est une joie solaire. Nous partons vers les paysages absentés. Les paysages absentés
c’est la lumière. Le reste est ornement. 
Je ne profite même pas du monde. Je n'en ai jamais profité. Je suis plus
parasite que chien. Ma seule gloire est d’attendre le transport. 
Mon fils parle et gazouille une langue familière tandis que je m’accroche à mon transport. 
Certains villages par leur nom évoquent une femme, avec leur fontaine, leurs gouttières, leur dos d’âne. 
Chaque rond-point est une respiration vers. 
J’écris de tête, je réussis ce miracle. 
La lumière ne laisse rien passer. Les voies sont ouvertes. On approche. De quoi ? On approche de quoi ? On commence à approcher. Quelle déception ! Les questions sont des culs-de-sac, des impasses originelles, qui, lorsqu’elles sont exactes, nous renvoient à cette autre, 
première, vibration tactile où tout s’éclaire. La vitesse est limitée.   

27.07.2015