L'olivier tient tête

Les étoiles ont cessé de briller
un lampadaire éblouit la nuit
les nuages réverbèrent le passage d’un avion
(en direction de lui-même c'est indiqué)
quel silence que l’obscurité est profonde
le souvenir d’un grillon persiste
des masques grimaçants passent au-dessus du banc
je bois une autre bière
l’obscurité a-t-elle mangé la nuit ?
pourtant l’olivier, dans la clarté du lampadaire,
tient tête
il est grand il respire
au-dessus de lui une trouée
une étoile sept huit
la nuit ne prend pas partie

L'absence

L’absence d’horizon
me voici libre d’une vie sans horizon
quel calme
le jardin est désert à cette heure
Les jeux attendent les enfants, qui reviendront
demain
L’absence d’horizon
c’est l’éternité augmentée du dehors
Le passé est derrière moi
et l’avenir n’est pas
Le jardin pourtant délivre ses promesses :
L’aire de jeu attend les enfants

08.08.2015

Paris, le 07.07.2014

A mon ami Thierry Mionnet

Rien rien ce jour qu'une lente calme
ample cale loin des naufrages passés
à venir Rien rien ce jour qu'une lente avancée
proche du pas gagné Celui suspendu dans le ciel
non le nuage mais le pied posé dans la couleur
comme le dos sur la taie d'oreiller la joue heureuse
Je me suis écorché, dit l'enfant, regarde le sang
Nous jouons avec le ciel, connaissons les correspondances
et dans la lumière deux cordes suffisent Ici on pêche des cendres
Vu le niveau d'imbibition, chaque couleur est osée
le pigeon a mis ses plus belles pattes
et le moineau repart avec l'hôte absent
seule l'abeille s'est fracassée a viré trop ivre sur la rive
boule de tilleuls que les mains de l'enfant éparpillent sur les murs
Rien rien ce jour qu'une lente calme
ample cale loin des naufrages passés
à venir La Seine donne le courage de sauter
de goûter aux rives de cette île jamais foulée
Ce jour là, l'hôte a revêtu sa plus belle présence :
l'ancien temps dans le grillage, son rimmel coule,
et cette, cette apparition : nous touchons du bois !
Ce jour là, nous étions d'accord pour déchirer le voile
accepter de déchiffrer le code qui ouvre parfois
ce qui se trouve derrière le Rien dis-tu ?
vaste trésor les touristes sur le canal
ont beau gagner quelques hauteurs
ils repartent dans leur langue vite
d'autres embarcations nous offrent le même
passage silencieux Vieille statue je me débats
intérieurement quant au chemin actuel
mon ami lui s'est accroché au mât, la mer se retirait
et moi moi rien, je me relève
Nous étions là ce jour là
deux cordes tambour battant
la mesure de nos pas
Nous étions là ce jour là
mais plus encore : l'hôte absent
Aujourd'hui je veux dire demain
il est encore là

Ne nous oublie jamais bel hôte
reviens nous voir.

L'hôte absent, avec Thierry Mionnet

Synthèse

Il faut se méfier des postures. Elles sont comme autant de statues encombrantes. N'être qu'une posture ? D'accord, mais laquelle ? -- Le Penseur (?) Déjà pris. Le Marcheur ? Bien des langues siffleront l'imposture. Je me mettrai en mouvement qu'aussitôt... Et puis, je ne suis pas Rodin. Le Dormeur ? Pourquoi pas. Et puis, je me tiendrai loin du monde et de mon rêve. Immobilité dans des mouvements inouïs. A présent, je bâille. Je vais m'allonger et réfléchir à la question. Après tout, je pourrai ne plus être qu'un bonhomme de neige, éprouvant chaque forme dans un haut sommeil. (Oui, synthèse des nuages lorsque j'ouvre les yeux, et du ruisseau sous mes lourdes paupières.) Gardez mes paupières closes. Qu'elles aient la forme du sourire.

03.06.2014

Un mariage doit avoir lieu

Un mariage doit avoir lieu sur une plage. Je me laisse faire. Je cherche ma serviette. Elle est blanche. Une femme pense être contaminée ou blessée car je l'ai touchée. On me pousse car je suis exactement à l'endroit où la mariée doit se présenter. Je m'en vais. Je cours. Je cours avec mes chaussures de ville sous un soleil de plomb. Je cours. J'aime courir. Quelle santé. Je me remémore le décalage perçu comme j'étais mon ombre au moment de marcher. Comment penser si telle est la question ? 

18/05/2014

15.05.2014

Dans émouvant
il y a mouvement

Dans barque 
il y a baraque

Dans nuage 
il y a nagent

Dans bleu 
il y a bleu

L'anneau d'or et la fève

L'anneau d'or et la fève. Les obstacles sont difficiles à sauter. Le car s'en va. Le car s'en va avec mon carnet dedans. Je ne jouerai plus au flipper. La hauteur donne le vertige. Pour le chant grégorien, c'est extraordinaire. Hélène Cixous travaille à la radio. Je la croise fortuitement. Elle est assise dans le couloir, le casque sur une oreille. Travaille n'est pas le terme exact. Djino me poursuit dans la rue et souhaite une fois encore profiter de ma baignoire selon les plans du rêve. Comme je le comprends. La femme fontaine, comme je le comprends. Le pensionnat est organisé en trois espaces distincts avec à chaque fois cette hauteur de tour extraordinaire, en plus de la nuit qui règne. Faire le mur à saute mouton est aisé vers le bas, mais non vers le haut. Le car est agile. A présent j'ai confiance. L'anneau d'or et la fève qui s'affichent en série sur la machine à sous, c'est que tout roule, non ? 

14. 05.2014

Un inédit d'Henri Michaux

Cette nuit, je rêvais d'un poème d'Henri Michaux. Je ne me souviens plus des pages intermédiaires du recueil, comme je le tenais dans mes mains, et les dernières du livre sont dans l'obscurité complète, mais il me souvient fort bien du premier poème lu sur la première page, lequel m'arracha un rire, et un soupir d'admiration. Il s'agissait d'un poème dont le titre, je m'en souviens exactement, était Séparation. Puis le poème était formé de deux colonnes de mots, l'une face à l'autre, les mêmes exactement, les mêmes exactement. "Ah, c'est tout là le génie d'Henri Michaux !", m’enthousiasmai-je, admirant ô combien son génie à résoudre et mettre en lumière, mais en premier lieu à traiter, une difficulté commune, – celle d'écrire sur le ciel couchant du soir. Les mots du poème, je ne m'en souviens plus ; une série de courts mots, d'une syllabe c'est certain, d'onomatopées peut-être, sept ou huit pourquoi pas dix, gradués évidemment ; je crois me souvenir de "Vloum" ? Bref, je restitue cette page et remercie le ciel de me l'avoir faite m'en souvenir.

19.04.2014

Journal des rêves

Depuis quelques jours, mais intensément ces jours-ci, je m'effraie de la quantité de flashs oniriques qui jaillissent sans que je les aie convoqués, sans non plus qu'ils soient issus d'un rêve déjà transcrit. L'étrangeté tient en ce que ces flashs semblent beaucoup plus matériels, lorsqu'ils se manifestent, que les séquences d'un rêve transcrit, alors que le rêve une fois noté se tient à l'écart de ma mémoire, ne l'encombre pas. S’agit-il d'une expérience de défragmentation onirique comme je l'ai pratiquée une fois par le passé, une séquence appelant d'autres séquences d'un ensemble de rêves, selon une loi qui m'échappe, cependant certaine ? Je ne crois pas. Peut-être. S'agit il d'une fuite de gaz ? d'une décompression ? Salut à vous, ô étoiles filantes. Pis encore, l'étrangeté tient dans ce que ces flashs, lorsqu'ils se manifestent, semblent beaucoup plus immédiats, évidents que nul autre souvenir, alors que dans les faits aucun rêve ne m'apparaît au réveil et disparaît si la transcription n'est pas mise oeuvre en ouvrant les yeux. Il ne s'agit pas non plus d'une amorce oubliée, abandonnée. C'est ce caractère de lointain immédiat, et combien je mesure le mot lointain qui provoque l'étrangeté, le malaise. Alors je peux dire ceci sans que cela choque mon esprit : "Je viens de rêver à l'instant d'un rêve rêvé à l'instant" ; ce qui s'appelle re-connaître ; bien saisir la boucle, les deux termes ne signifient pas le même instant. Comme un sujet amnésique qui retrouverait soudain la mémoire. 

15.04.2014

Offrande

Parc zoologique. Je vole et d'ailleurs à cet instant on vole quelque chose à quelqu'un. Décor oriental, la foule. La foule salue un jeune roi qui entre, enfant porté sur un plateau. Ailleurs il est question de l'éléphanteau. La personne volée est infirmier. Je lui rends son trousseau de clés ainsi qu'un porte-monnaie. Quelques amis dans un bus, des amis d'enfance. Je m'en vais à l'extrémité du parc. Deux baleines séjournent dans sa périphérie silencieuse. Elles sont blanches. Le personnel n'est jamais là ni content. Ailleurs dans un cube ouvert, en forme d'escalier, un instant de pleine conscience. Je souhaite alors remercier Dieu. Ce que je fais. Je me décorpore, élévation.
11.04.2014

Carnet marcher

Le théâtre du rond-carré est heureux de vous présenter Pièce, une pièce de Raphaël Dormoy. A, B et C, tel que B soit entre A et C face au public. Bref, tout est dans la première indication sauf que B est légèrement en retrait.

C. [Le noyau du langage... Le noyau du langage... Le noyau du langage] x le nécessaire

A. [Sommier, soleil... Sommier, soleil...] x le nécessaire bondissant 

B. [Omb'e po'té... Omb'e po'té... Omb'e po'té...] x le nécessaire

A. Plan pan, pan Plan pan, pan   etc. (rythme cardiaque)

C. Sens su, Sens su      etc.    (le trait d'union fera la différence)

A. Plan su Plan su       etc.

C. Sans plan Sans plan    etc.   (de plus en plus fort avec avec A)

A et C (fort.) Sangsue Sangsue Sangsue

B. Pan !

Cris dans la salle. Cris d'horreur. Le public est confronté au néant. Des hommes, des femmes s'accrochent aux rideaux. Dame Pipi demande le silence

Pan Pan Pan !

(Et moi j'ai vraiment la dalle, drôle d'expression quand on a fin.)

Oblitération et validité des tickets

Jean-Pierre m'appelle. La réunion à lieu au Sénat. C'est l'heure du bain, je ne viendrai pas. Je travaille dans un nouveau lieu et, ma foi, la ligne n'est jamais loin ; une tentative d'escroquerie que je cerne assez vite (on me félicite, dans quel pays est-ce ?) Nous sommes furieux, le film n'est pas le bon. Nous sommes assis au deuxième rang à droite, et le cinéma ne veut rien savoir (quel titre déjà ?)

06.04.2014